Le mouvement comme biomarqueur du développement : contribution de l'évaluation psychomotrice au diagnostic précoce des enfants de moins de cinq ans
Anthony SOTER
Psychomotricien DE, TE-MIP-R, M.Sc-RR, doctorant CIFRE en sciences médicales, École doctorale de Santé publique (EDSP), Université Paris-Saclay.
Responsable de la coordination des parcours de soins, de santé et de la démarche qualité en IME et SESSAD – ADES
Doctorant CIFRE au sein de l'équipe Psychiatrie du Développement et Trajectoires, CESP Inserm U1018, Université Paris-Saclay, et de l'équipe Imaging & Brain, UMR Inserm U1253 iBraiN, Université de Tours.
Coordinateur et enseignant en formation initiale (FI), formation continue (FC), DPC et Master – PEUS, ISRP Formation Continue, Université de Caen, IFRES Alençon, EMAP La Réunion, IRFP, Université Claude Bernard Lyon 1 – ISTR et Oct-Opus Formations.
Le mouvement constitue l'une des premières expressions observables de l'organisation cérébrale et du développement de l'enfant. Au cours des premières années de vie, les particularités sensorielles, motrices, cognitives et socio-émotionnelles représentent des indicateurs précieux des trajectoires développementales. Dans le contexte actuel des parcours de repérage, de diagnostic et d'intervention précoce, l'évaluation psychomotrice ne vise plus uniquement à objectiver des limitations fonctionnelles ; elle participe à la caractérisation clinique du fonctionnement de l'enfant et oriente le diagnostic différentiel des troubles ayant un impact sur son développement (Haute Autorité de Santé [HAS], 2018, 2022).
Les données de la littérature montrent que les enfants présentant un trouble du développement intellectuel (TDI), un trouble du spectre de l'autisme (TSA), un trouble développemental de la coordination (TDC) ou certaines maladies génétiques à expression développementale présentent fréquemment des particularités motrices, sensorielles et cognitives précoces. Toutefois, ces profils restent hétérogènes et les études utilisent des outils d'évaluation très variés, mêlant fréquemment mesures écologiques des activités, questionnaires parentaux et évaluations standardisées du fonctionnement neurodéveloppemental, limitant ainsi la comparaison des résultats et l'identification de phénotypes cliniques robustes (Licari et al., 2020 ; Miller et al., 2021).
Ainsi, si cette démarche contribue naturellement au diagnostic des troubles du neurodéveloppement (TND) elle permet également de distinguer ou d'identifier les comorbidités avec d'autres situations développementales complexes susceptibles de modifier les trajectoires de l'enfant, notamment les troubles liés aux traumatismes infantiles, tels que le trouble réactionnel de l'attachement (TRA), le trouble de l'engagement social désinhibé (TESD). Ces tableaux cliniques présentent fréquemment des zones de recouvrement comportemental avec les TND (retrait social, faible réciprocité, hypervigilance, familiarité excessive, impulsivité, stéréotypies), exposant au risque de diagnostics erronés lorsque l'évaluation repose uniquement sur les comportements observables.
À partir des recommandations nationales, des données récentes de la littérature internationale et d'un projet de recherche doctoral consacré au retard global de développement (RGD), cette intervention présentera une démarche de phénotypage multidimensionnel reposant sur l'intégration des évaluations sensorielles, motrices, cognitives, adaptatives et socio-émotionnelles. Cette approche vise à dépasser une lecture catégorielle des troubles pour mieux comprendre les mécanismes développementaux sous-jacents et guider le raisonnement clinique.
L'intervention montrera comment le psychomotricien, grâce à une évaluation standardisée articulée à l'anamnèse, aux observations écologiques et au travail pluriprofessionnel, contribue non seulement au repérage précoce des TND, mais également au diagnostic différentiel et à l'identification de situations de double vulnérabilité associant neurodéveloppement, traumatismes sévères et précoces et facteurs environnementaux. Cette démarche permet d'engager des interventions adaptées sans attendre la stabilisation définitive d'un diagnostic, conformément aux recommandations actuelles.
En replaçant le mouvement au cœur d'une approche développementale intégrative, cette conférence proposera une vision renouvelée du rôle du psychomotricien : celui d'un clinicien du développement, contribuant à la compréhension des trajectoires développementales, au raisonnement diagnostique multidimensionnel et à la construction de parcours précoces individualisés.
